J’aimerais tellement être comme mon frère

Certaines heures de cours sont plus difficiles à mener que d’autres: les élèves sont agités, vous interrompent sans arrêt, bavardent, bref, dans ces moments ils mènent une vie complètement parallèle à la vôtre.

En tant que prof, vous essayez de changer la trajectoire des droites et de les faire se croiser, au moins par intermittence.

Crier pour réclamer le silence peut s’avérer utile mais éphémère.

Je ne sais pas crier, cela m’épuise, je sens mes cordes vocales se déchirer. Toutes mes tentatives dans ce sens ont échoué. Je ne me voile pas la face mon autorité ne vient pas du fait que mes élèves me craignent. Petite, je suis bien obligée de la jouer plus fine.

Ma stratégie est plutôt de repérer les 2 ou 3 éléments qui sont à l’origine du brouhaha, de ramasser leur carnet de correspondance et de leur dire très calmement « tu viendras me voir à la fin de l’heure ».

En général, cela suffit pour reprendre le cours du cours et tant pis pour l’élève qui passera l’heure à se demander ce qui va lui tomber sur la tête à la sonnerie.

Le moment fatidique arrivant, j’écris l’observation, la punition ou la retenue dans le fameux carnet en silence. Le gamin essaye de lire à l’envers en se repassant le film de ce qu’il va se passer à la maison.

Hier, c’était R. mon 6e le plus en difficulté, avec son cahier plein de feuilles volantes et la langue bien pendue. Pas une séance ne se termine sans que lui et moi ne nous retrouvions à la fin de l’heure. C’est à se demander si cela a un quelconque impact sur lui.

« Pourquoi est-ce que tu te conduis comme cela ? Tu n’as donc rien à apprendre avec moi ?

– …  »

R. a les yeux baissés, cette fois il n’a plus son aplomb, il ne soutient pas mon regard.

« J’aimerais tellement être comme mon frère. »

Ces mômes vous brisent le cœur sans crier gare.

En salle des profs, on m’avait raconté l’histoire du grand frère, brillant, poli, qui aide sa mère élevant seule ses enfants, et qui a aujourd’hui intégré un lycée de centre ville loin de la cité. Le modèle parfait, le fardeau dont a hérité le plus jeune et qui doit faire ses preuves ou se construire en opposition.

« Comment cela ?

-Mon frère il est au lycée Marcel Proust, m’annonce-t-il fièrement

-Et tu penses que c’est magique ?

-Ben oui, moi chui nul…

-Non, ça ne l’est pas. Ce n’est pas facile mais tu peux le faire toi aussi, tu sais. »

Aurons-nous droit à un nouveau R. ? J’aime à le rêver…

Et pour vous accompagner musicalement pendant votre lecture https://www.youtube.com/watch?v=bvC_0foemLY

2 réflexions sur “J’aimerais tellement être comme mon frère

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