« ils ont refusé de me serrer la main »

7h15, sur l’autoroute, la matinale de France Culture, l’invité du jour est un grand théologien musulman venu expliquer ce qui selon lui pose problème entre l’Islam et la France. C’est un sujet qui m’intéresse beaucoup et qui me touche d’autant plus que la majorité de mes élèves en REP + (Réseau d’éducation TRÈS prioritaire pour les non-bilingues éducation nationale) sont de confession musulmane. Je monte le son au moment où un professeur de lettres, de Montpellier, raconte qu’à la réunion parents-profs, des pères de famille ont refusé de lui serrer la main parce qu’elle était une femme.

Je comprenais bien pourquoi la collègue était remontée au téléphone, elle ne comprenait pas comment un homme pouvait à la fois lui confier l’éducation de son enfant et en même temps refuser de la considérer en tant que femme.

Le soir, j’ai justement une réunion parents-profs. Et je me suis demandée si cette situation risquait de se produire et comment je réagirais. Je me suis même dit que ne prenant pas le risque d’une confrontation stérile, je garderai mes mains bien sagement le long du corps.

17h20 : arrive dans ma salle, une femme voilée des pieds à la tête. Elle ne parle pas très bien français. « Oula… » a été ma première pensée.

Préjugé quand tu nous tiens…

Avec les origines qui sont les miennes, l’ouverture d’esprit que mes parents m’ont transmis, connaissant leur histoire, l’histoire de leur pays, je n’ai pas réussi à me détacher complètement de l’image que j’avais devant moi.

Cette dame, Mme Gr. est la mère de la petite H. C’est une élève bavarde, extrêmement dyslexique, en difficulté et qui en plus s’est blessée et ne peut pas écrire en ce moment. Mme Gr. n’était pas ravie d’entendre les reproches que j’adressais à sa fille. Elle ne m’a jamais contredit. Elle m’a remerciée et nous nous sommes quittées en nous serrant la main.

Aujourd’hui, H. arrive en me disant

« Madame, ma mère, elle était pas contente, elle m’a punie.  »

Et aujourd’hui H. avait son cahier, sa main était opérationnelle et elle a bien pris tout son cours sans bavarder.

Lundi, dans mon autre collège où les élèves ont la peau claire et mangent presque tous du saucisson à l’apéro, j’ai mis un mot dans le carnet d’une élève qui s’amusait à donner des coups de règles à sa voisine.

A la place de la signature j’ai eu ceci:

« Madame, ma fille ne serait pas obligée de donner des coups de règles si on ne lui prenait pas sans arrêt ses affaires. »

Et pour vous accompagner musicalement : 

Kelmti Horra – Amel Mathlouti

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