Comme un R. de déjà vu

Voici la suite de mes aventures avec R. dix jours après.

Le vendredi est ma journée la plus chargée et elle s’achève par deux heures de cours avec les 6e. Véritable roulette russe, je ne sais jamais si je vais réussir à faire cours ou me faire « one shot » pour paraphraser mes ados.

Mais après ma dernière séquence émotion, j’y vais sereine et pleine d’espoir à l’idée de changer le monde. Pas moins.

Le cours est bruyant, agité et s’il y a un élève qui n’a pas décidé de s’y mettre c’est R. Il a pourtant déménagé au premier rang, face à moi.

Je n’ai vu que son dos.

Il n’a pas fallu dix minutes pour que je ramasse son carnet.

« Je pensais qu’on était tombé d’accord.

-Hein ?

-Je croyais que tu allais faire des efforts. Tu te souviens de notre discussion de mardi ?  »

La conversation a été comme effacée de sa mémoire.

Pendant que les autres sont lancés dans leur activité individuelle faite à deux  (cherchez l’erreur), j’en profite pour m’approcher de lui:

« Tu ne te souviens  pas quand on a parlé de ton frère mardi ?

-Quoi mon frère ? Je l’emmerde, mon frère ! »

Mon costume de super-héros a pris cher. Mon ego aussi.

Ne nous voilons pas la face, on fait tous ce métier dans l’espoir qu’un jour on change vraiment la vie de l’un d’eux. C’est à son instituteur que Camus a écrit en premier lorsqu’il a reçu son Nobel…  ça fait rêver les profs ce genre d’histoires. Pauvre fous que nous sommes !

On m’avait prévenu, cet enfant relève de ce qu’on appelle un ITEP, à savoir un cursus dédié aux élèves ayant des troubles du comportement. Les places sont chères et ici « nous on garde tout le monde, c’est insensé mais c’est comme ça. »

Pas de cursus spécial pour R.

Quelques jours après, je suis obligée d’improviser une heure de vie de classe. Il y a des clans et il faut aplanir les choses afin de retrouver un semblant d’harmonie. Je vous reparlerai de cette heure de « débat » une autre fois. Si l’on en revient à R., sachez qu’il a fini à la porte. Je lui ai demandé de sortir se calmer dans le couloir en le surveillant dans l’entrebâillement de la porte. Au bout de quelques minutes, je lui propose, s’il est prêt à corriger son attitude, de rejoindre le reste de la classe:

« J’peux pas, j’y arriverai pas. »

C’est triste mais c’est comme ça.

Je n’ai pas encore dit mon dernier mot.

Jason Mraz – Only Human

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