Viens faire un tour dans ma ZUP

Comme vous le savez peut-être j’enseigne dans une ZUP. L’urbanisme, a les mêmes méthodes que l’Éducation Nationale, elle cache la misère dans des sigles. Une ZUP c’est une Zone d’urbanisation prioritaire. Pour faire face à l’arrivée d’une nouvelle population, généralement d’origine étrangère, les villes ont eu l’idée de construire des logements très vite pour caser tout le monde. C’est ce qui a donné lieu à des barres d’immeubles qui s’étendent aussi bien à l’horizontal qu’à la verticale. Et comme la mixité sociale n’est pas très election-friendly , on ne les a pas mélangé au reste de la ville, on les a laissé en bordure.

Oui, c’est un ghetto.

Quand on sort de l’autoroute, qu’on roule un peu et qu’on entre dans la ZUP: on le sait. Pas besoin d’un panneau « Bienvenue » pour réaliser qu’on a changé de monde.Les immeubles vous happent et, il faut bien l’avouer, la population aussi.

Le mercredi, c’est jour de marché. La grande place qui fait face au Centre Commercial est bondée. C’est hyper vivant, les gens sortent de tous les côtés : les mères et les enfants parfois un à chaque bras et une poussette en plus, les personnes âgées, les adolescents qui trainent avant d’aller en cours… On dirait que personne ne raterait ça, c’est immense.L’atmosphère y a l’air chaleureuse. Les gens se connaissent, ils se parlent. Quand je pense que dans mon immeuble certains préfèrent descendre cinq étages à pieds pour ne pas prendre l’ascenseur avec un voisin.

Moi, qui ai été élevée dans une famille orientale où la maison était sans cesse pleine, j’ai toujours été triste de voir comment les gens pouvaient vivre reclus, enfermé chez soi, sans voir personne.

Mes élèves c’est pareil, ils se connaissent. Ahmed connaît Driss parce que sa mère connaît la cousine de la tata de Dounia et que du coup le vendredi soir parfois ils les accompagnent je ne sais où. Ils vivent peut-être les uns sur les autres mais ils ont tissé des liens, ils vivent avec l’autre et non pas sans. Ce n’est pas eux qui ont décidé de vivre en marge, c’est la société qui les a écarté. Alors ils ont pris l’habitude de ne pas se mélanger et finalement préfèrent rester dans la ZUP quitte à en barrer l’entrée.

Je suis dans ma voiture en attendant d’avancer et comme c’est toujours bouché le midi les jours de marché, je regarde par la fenêtre.

Il y a un vieux monsieur moustachu, avec un petit bonnet sur la tête, vous savez ceux qui épousent bien la forme du crâne, tout rond et qui s’arrêtent juste aux oreilles. Il ressemble à mon grand père. A son bras droit, il a un sac rempli de courses et un sourire magnifique. Je pense que c’est parce que sous le bras gauche il a un grand tapis roulé et il a l’air fier de l’avoir déniché celui-là. Dans ma voiture, passe une pub pour le nouveau hors série de Télérama. Le fond sonore est une musique de chambre qui se veut jazz et sur laquelle parle un homme avec un accent intellectuel forcé.

Quand je rentre dans ma voiture et que j’allume France Inter, je n’ai pas quitté le parking du collège que j’ai déjà quitté la ZUP.

Cette impression qu’on ne vit pas dans le même monde est désarmante et omniprésente.

 

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