Lâcher prise 

Il a fallu du temps pour se l’avouer, du temps pour le verbaliser: ce n’est pas possible.

J’ai beau avoir un désir ardent à l’intérieur, je n’y arrive pas. 

J’ai beau essayer de me poser pour lire, de prendre quelques heures pour ficher un cours, rien n’y fait. 

L’agrégation. Ce précieux concours dont beaucoup de profs rêvent, ce sésame obtenu à la sueur de son cerveau et au prix de nombreux sacrifices. Je ne l’aurais pas cette année. Je ne l’aurais peut être jamais. 

Je la veux pourtant, elle est au sommet de ma liste de rêves. 

Mais dans l’état actuel de ma vie ce n’est pas possible et il va bien falloir l’accepter.

Sur deux établissement à plus de 40 minutes de chez moi, avec trois niveaux de collèges, un petit en bas âge et une vie de famille à maintenir. Je n’y arrive pas.

Je ne me fais pas à l’idée de bâcler mon travail, je dois encore construire mes séquences pour me conformer aux nouveaux programmes. 

Je ne me fais pas à l’idée d’accorder moins de temps à mon bébé, à faire manger du Picard à mon mari. 

Je n’arrive pas à me dire que je ne dormirai que 4 heures parce que je n’ai du calme que la nuit.

Je ne peux pas me dire que je vais encore aller passer 6 épreuves écrites dont deux dissertations de 7 heures pour rien, pour y croire malgré tout et être déçue ensuite, se remettre en question gratuitement sur ses capacités intellectuelles, sur ses capacités d’enseignantes même. Se dire qu’on est médiocre.

Ma charge mentale à moi c’est ce concours. Ce ne sont pas les lessives, les courses ou le ménage. Ce n’est pas mon mari. Ce n’est pas mon bébé. Ce n’est même pas mon travail.

Ma charge mentale c’est cette voix dans ma tête quand je joue avec mon petit garçon  qui me dit que je devrais aller m’asseoir pour bosser puisqu’il est calme et tranquille, quand je suis en ville avec ma mère, quand je regarde un film blottie dans les bras de mon mari. Ma charge mentale c’est cette pile de polycopiés et de livres qui ne cessent de s’accumuler sans jamais être ouverte. Ma charge mentale c’est être écroulée de fatigue à 21h sur le canapé et avoir envie de pleurer parce qu’on s’endort une page seulement après avoir ouvert L’éducation sentimentale pour la première fois de la semaine.

Alors pour la nouvelle année je me fais ce cadeau. Je m’ôte ce poids.

J’accepte que je ne suis pas Wonder woman, que dans ces conditions je ne peux pas passer l’agrégation externe de lettres modernes. 

J’essaye de me dire que je n’abandonne pas facilement, que je ne suis pas lâche. 

J’essaye d’oublier cet adage idiot qui répète « celui qui abandonne une fois abandonne toute sa vie » parce que je suis la preuve vivante du contraire.

Je pense à l’avenir, au moment de ma vie où les étoiles seront alignées pour que j’ai le temps, l’énergie et aussi l’ancienneté pour passer le concours interne.

J’essaye de ne pas penser à mes parents qui croient si fort en moi qu’ils sont persuadés que je peux gravir des montagnes à la seule force de ma volonté. Aux yeux de ma soeur si fière quand je lui dis que j’y retourne encore.

Ce n’est pas grave pourtant. Rien dans ma vie que j’aime si fort ne changera après cette décision. Je continuerai à faire du mieux que je peux, à ne pas travailler ce concours, à ne pas lire un programme imposé, à écrire sur mon temps libre et à aimer mon fils et mon mari de toute mon âme tout en ne voyant pas l’once d’une déception dans leurs yeux.

Je ne dis pas adieu à ce rêve que j’ai vissé au corps. Je le refuse. Je le reporte et je prie pour que la vie me gâte encore comme elle l’a si souvent fait.

Et pourtant je pleure un peu… 

 

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