Autobiographie de lecteur

Grâce à des collègues motivées et motivantes, je participe depuis peu à un Atelier d’écriture avec elles. Le principe est simple. Un thème est donné et un écrit en ressort. Comme le thème était « Autobiographie de lecteur », j’ai eu envie de le poser là. Alerte spoiler: aucun élève n’est mentionné ici. 

Je lève la tête de mes copies, cela fait bien dix minutes que j’y suis. C’est le calme et le silence qui m’ont sortie de ma torpeur.

Curieuse ambiance tout à coup.

Je me lève, m’avance pour sortir du salon quand tout à coup j’entends :

« C’est le loup ! »

Je le vois assis par terre, entouré d’une dizaine de livres, en train de se raconter, dans un charabia qui n’appartient qu’à lui, l’histoire de trois petits cochons maçons prêts à en découdre avec un vilain loup à la capacité pulmonaire hors norme.

Je suis cachée dans l’entrebâillement de la porte, la respiration coupée pour ne surtout pas le déranger. Étais-je comme lui au même âge ?

***

Je n’arrive pas à me rappeler si on me racontait des histoires. Je n’ai pas de souvenir de ma mère assise sur le bord de mon lit soufflant sur des maisons de papier pour les faire tomber. Mais des livres j’en ai eu par centaines. Autant que j’en voulais et j’en voulais beaucoup.

J’ai aimé avec tendresse Oui-Oui et sa voiture jaune et rouge, le Journal de Mickey, j’ai sauté les romans pour ne lire que les Tom Tom et Nana de mes J’aime Lire. Marlene Jobert me racontait des histoires dans mon radio-cassette tandis que je suivais du bout du doigt l’histoire sur l’album.

Je connaissais Le petit chaperon rouge, Cendrillon, Ali Baba, Barbe Bleue par cœur.

J’ai rêvé du Prince charmant.

J’ai eu peur, j’ai ri. Plus grande, j’ai aussi pleuré.

Je n’ai jamais connu l’ennui.

Mes plus belles lectures sont ancrées en moi comme autant de tatouages sur ma peau. Elles sont pourtant innombrables. Je suis tombée amoureuse de Beauvoir à 17 ans. Je croyais que l’idiot qui me servait de petit-ami de l’époque serait mon Sartre à tout jamais. Je l’ai relu plus tard, j’ai compris qu’en réalité je n’avais pas besoin d’un homme pour devenir qui je voulais.

J’ai grandi grâce à mes livres. Mes souvenirs sont infinis et encore à venir.

Mon sac pèsera toujours trop lourd, ma maison sera toujours trop petite pour les contenir.

Ils sont mes outils, mes doudous. Si je me sépare de l’un d’eux c’est avec douleur. Je crois qu’on peut dire que j’ai toujours aimé lire.

***

Je suis toujours là, adossée au mur et j’écoute cette petite voix répéter des mots avec la même intonation que celle entendue la veille.

« Quand je serai bien vieille le soir à la chandelle », je me dirai certainement que mon plus beau souvenir de lectrice sera l’image de ce petit garçon blotti contre moi, l’odeur de bébé de ses cheveux si doux, sa tête enfouie dans le creux de mon épaule lorsque le loup surgit qui garde un œil sur le livre, pour voir, malgré tout.

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