Solidarité ?

« bon y’a un groupe qui va peut-être rendre le truc au chef ce soir… ils veulent voter avant entre eux. »

A. est dépité quand il vient nous annoncer cela. C’est l’un des représentants syndicaux du bahut: il est libertaire, il lit des tas de trucs scientifiques et des dystopies et surtout il est très engagé.

Et aujourd’hui on avait été réquisitionné pour faire notre deuxième demi-journée de solidarité sur le thème du projet d’établissement. Je ne vais pas vous bassiner avec ledit projet et les heures de faux débat que l’on a eu. Mais un mot d’ordre avait circulé, lancé par un syndicat, pour que l’on fasse de la rétention de documents tant que la réforme des retraites n’avait pas été retirée. Oui, c’est symbolique, et sans doute que ça ne servira à rien. Mais une lutte sans symbole n’a pas de sens et si on était plein à faire ça, et bien ça pourrait toujours montrer qu’on est là.

Toute la semaine, on a sondé les collègues à propos du projet et aucun, je dis bien aucun, n’a dit à voix haute qu’il ne le ferait pas. A priori tout le monde était d’accord.

ça c’est assez typique du fameux microcosme. Aux oubliettes l’humanisme !

Comme dans toute société,  il y a des privilégiés qui sont toujours très proches du pouvoir en place. C’est pratique pour les chefs parce qu’ils ont des oreilles et des yeux en salle des profs et en échange, ces privilégiés ont des compensations en nature comme l’acceptation de projets ou plus banalement un bon emploi du temps. Tout le monde le sait. C’est comme ça.  D’autres, ont de véritables scrupules à contester l’autorité. C’est-à-dire que risquer de contrarier le leadership, c’est juste inconcevable. Il faut des gouvernants pour nous gérer,nous,  pauvre plèbe et ces gouvernants ne peuvent que vouloir le bien commun.

De mon côté il y a belle lurette que je ne crois plus au « one to rule them all » et comme mon père m’a transmis son problème avec l’autorité; c’est une posture que j’ai un peu de mal à entendre.

Mais bon, là, la réforme des retraites, concernent tout le monde. TOUT-le fucking-microcosme. Ah ben non en fait, car entre temps les personnes nées avant 1975 n’étaient plus concernées. Et alors depuis, il y a scission entre ceux qui se sont désolidarisés du mouvement et les autres.

Qu’on ne fasse pas grève parce que ça pose un problème financier ou même parce qu’on n’y croit plus, ça s’entend. Mais là, le risque il était de zéro. Qu’est-ce que le chef en a à faire qu’on rende les docs ou pas ? Rien. De toutes façons, il ne transmettra que ce qu’il veut.

Mais à ce moment, on est 60 profs et on parle d’une même voix. Et comme c’est beau et rare faut le porter haut. Du moins le fallait-il.

Parce qu’avec A., tous les vendredi on se retrouve devant notre plat de salés aux lentilles, sauf que A, dont la famille ne vit que sur son salaire en ce moment, avec tous les jours de grève, il n’y a plus de salé avec les lentilles.

Et même si finalement, la majorité a parlé et qu’aucune feuille n’a été rendue, ça laisse malgré tout un goût amer de lentilles qui auraient accroché au fond de la casserole cette histoire.

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