où ils ont massacré Molière

Avant que l’on soit interrompus dans nos activités, mes élèves de 6e essayaient d’apprendre un passage du Médecin Malgré lui pour le jouer fin mars devant toute la classe.

Séance 1:

Je sélectionne les passages et je propose qu’on les lise ensemble pour qu’ils se familiarisent et qu’ils puissent faire leur choix.

-Qui veut faire Sganarelle ? Qui fait Martine ? Super, tous les deux au tableau, prenez votre livre. Ce sera comme une répétition pour les gestes.

Je pense choisir deux pas trop mauvais lecteurs, histoire que tout le monde les entende bien.

Mini Sganarelle se lance:

-Et – vouszètes – un -im-per-ti-ne(nt) – 2 – vous- in-gé-rer- des affaires aux truies.

Huh.

Vous imaginez le gosse du voisin qui apprend à jouer du violon ?

ça grince.

A Martine d’enchaîner.

-Martine ? C’est à toi !

-Hein ! Ah oui ! « Oui, a-près-ma-voir-ainsi-ba-ttue.

Trois passages comme ça deux binômes différents à chaque fois. Du sang coulait de mes oreilles. Molière lui-même est descendu sur terre pour nous implorer d’arrêter cela, hurlant qu’il avait assez payé à l’époque pour ses scandales et qu’il méritait la paix ! On a déclaré forfait pour les autres extraits, j’ai passé la captation.

Mais il fallait quand même qu’ils récitent ! Et ils n’arrivent même pas à le lire ! Hiiii. Mais comment on va faire ?

Séance 2:

Ne me demandez pas comment mais ils ont effectivement choisi l’extrait qu’ils veulent jouer.

-Bon, vous vous mettez en binôme, et vous lisez, lisez, lisez. Et quand vous avez bien lu. Vous lisez encore. Et ensuite vous venez me le lire à mon bureau. D’accord ?

-Oui Madame.

Ils sont choux quand même. Une cacophonie ! C’était plus Molière mais Beckett tant ça n’avait ni queue ni tête. Mais il fallait les voir, se donner des faux coups de bâtons, bouger les tables pour faire le docteur et le patient. A écouter c’était horrible, a voir, merveilleux.

Mes 6e, il n’y a rien à faire, c’est du bonbon.

On s’est quand même payé un petit fou rire au moment de l’explication de la scène 4 de l’acte II:

SGANARELLE.- C’est fort bien fait. Va-t-elle où vous savez ?

GÉRONTE.- Oui.

SGANARELLE.- Copieusement ?

GÉRONTE.- Je n’entends rien à cela.

SGANARELLE.- La matière est-elle louable  ?

GÉRONTE.- Je ne me connais pas à ces choses.

-Qu’est-ce que peut bien demander un médecin quand il demande si le malade « va où vous savez »?

– Ben, aux toilettes… tente timidement I du fond de la classe

-Ouiiii exactement !

-Mais copieusement, ça veut dire quoi Madame ?

-Beaucoup.

-Bahhhhhhh. Dégueu Molière !

-Non scatologique.

-Il y a un mot pour ça ?

-Ah ben oui, vous croyez quoi ? Pipi-caca, ça fait rire tout le monde ! Il fallait bien un mot pour ça.

 

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