Où ils brillent dans le noir

Depuis la rentrée, un drôle de phénomène sévit sur la tête des élèves.

Ca a commencé par deux petites lignes à l’avant du crâne, puis quelques touches sur le sommet, aujourd’hui mes élèves brillent dans le noir.

La mode et les adolescents.

Ils sont si drôles avec leur décolo maison. Le deuxième confinement et la fermeture des coiffeurs leur a insufflé un besoin de créativité capillaire qu’ils expriment hardiment: les voilà décolorés à l’eau oxygénée de manière artisanale et quelque peu sauvage.

Les filles, les garçons: voilà bien une tendance unisexe qui a le mérite de leur donner sujet à se dire des douceurs:

« Wahhh trop beau Nabil ta décolo !

-Ouais tu trouves ? Je me suis fait poser le truc deux fois, ça brûlait un peu mais ça valait le coup.

-Claaaassse. »

Ils sont si drôles !

Vous savez ce que ça donne une décoloration sur une base brun foncé ? Le travail que ça demande et le nombre de décolorations pour obtenir un vague blond ? Clairement pas deux fois 5 min à l’eau oxygénée la tête au dessus de la baignoire.

Mes petits moutons noirs, qui brûlaient déjà leur magnifique crinière avec leur « déf » (défrisage). Ahhh ils sont fauves, oui. La couleur, en revanche.

Au bout de 24 heures le truc vire déjà à l’orange, à la fin de la semaine ils ont fait le plein de vitamine C pour l’hiver.

Et me voilà à la porte de la classe, laissant passer Nabil, fier comme Artaban avec sa nouvelle coiffure solaire, en train de lui demander si à tout hasard il avait un shampooing violet pour neutraliser un minimum le jaune !

« Vous inquiétez pas Madame, j’ai tout ce qu’il faut. Au pire je repasse un coup au dessus du lavabo il m’en reste.

-Des produits, oui. mais des cheveux ? »

Parfois, ils se trompent de bataille:

« Ouais Madame, la police devant le collège tous les jours, là! Ils me fixent trop bizarrement. C’est quoi ce harcèlement ?

-As-tu vu tes cheveux Riad ? ça captive quand même.

-Ouais, ils sont jaloux quoi !

-Voilà. »

Je me moque mais je ne les juge pas. Le nombre d’année qu’il m’a fallu pour apprivoiser et apprécier mes boucles est incalculable. J’ai été blonde brûlée par un balayage, rousse auburn, brune foncé; on s’appliquait des mascaras à l’odeur immonde pour se faire des mèches bleus ou roses avec ma sœur et ma cousine; mes cheveux ont été longs, très longs, puis court. Lisses, bouclés et même lissés et rebouclés artificiellement !

Il faut bien que jeunesse se passe.

En attendant, il brillent dans le noir, ils sont contents et par les temps qui courent leur sourire et leur mine ravie réchauffent les cœurs dans le froid de cet interminable automne.

Une réflexion sur “Où ils brillent dans le noir

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