Où ils ont passé leur oral blanc

Hier après-midi, le collège n’était peuplé que de profs et de troisièmes en hyperventilation et extrême sudation.

C’était l’épreuve d’oral blanc, la semaine de la reprise après quatre semaines loin de l’école, très loin pour certains. Je ne vais pas vous raconter les exposés mémorables que j’ai entendus parce qu’honnêtement je préfèrerai les oublier pour certains mais je vais vous raconter ceux de mes ouailles que je n’ai pas entendus mais qu’on m’a raconté.

Et comme je les retrouvais cet après-midi, ça a donné des échanges intéressants.

Je n’ai pas eu besoin de mener une enquête de la DGSE, les copains-collègues sont venus me raconter. Je savais tout.

Ils sont accueillis à la porte ce qui me permet de leur dire un ou deux mots à chacun.

J’ai donc pu annoncer à M, élève très réservée mais très sérieuse, si stressée lors des écrits du premier brevet blanc qu’elle s’était royalement plantée, qu’elle avait brillé aux dires de son jury aussi bien par son espagnol que par son exposé. Elle est rentrée en classe en faisant des bonds de cabri, loupé sa place et fait demi-tour toujours en sautant.

A N, que son exposé sur Arachné avait été très bien reçu.

« On m’a dit que tu étais légèrement stressé…

-Olalala Madame, j’ai perde 3 litres d’eau au moins, je n’arrivais même plus à signer mon nom. »

J’ai demandé à Dj. si c’était vrai que quand on lui avait demandé de définir un avortement il avait répondu :

« C’est quand on abandonne son bébé !!! Tu as dit un truc comme ça ? T’es sérieux ?

-Madame, ma bouche, elle a parlé toute seule ! Je vous jure, je sais pas pourquoi j’ai dit ça. »

« Et toi alors ? cette imprimante 3D tu les as bien embrouillés ?

-[avec un sourire magistral] pour un truc que j’ai commencé hier après-midi je m’en suis pas trop mal sorti.

-Mais quelle tchatche, ça te sauvera. »

(Je me suis bien gardée de lui dire que j’étais pareil à son âge et encore des années plus tard, mes soutenances de mémoire rédigée le matin de l’examen et ma devise de la prépa CAPES, si je passe les écrits, j’embrouille tout le monde à l’oral.)

Ce sont les élèves de l’autre classe qui, un peu mesquinement, avec un sourire entendu, m’ont dit que Nabil était « dégoûté de son passage ».

« Alors, ça s’est passé comment ?

-Bof, j’ai pas été bon.

-Comment ça ?

-Madame, elle m’a demandé la première ligne du roman. La première phrase de l‘Etranger. J’ai pas su répondre. Elle a cru que j’avais pas lu le livre j’en suis sûr. Ah ça « Aujourd’hui, maman est morte » Je vais plus jamais l’oublier.

-Hé c’est pas grave. C’était une question difficile et inattendue. C’est normal que tu aies perdu tes moyens. Mais n’oublie pas que c’était le blanc et que dans 3 semaines tu vas assurer. »

Et Nabil si sensible toujours, les yeux rouges, rentre en classe en reniflant et en hochant la tête.

Arrive, Zyad, en retard, les pieds qui traînent et la tête basse.

« Alors, t’as rien à me dire ?

-Ben, non…

-Ah oui ? On m’a parlé d’une fuite dans les toilettes.

-Qui vous l’a dit ?

-Qui ? Mais la légende ! On ne parle que de toi! Qu’est-ce qui t’as pris ? Tu n’étais pas au point mais tu aurais pu présenter quelque chose.

-Ben déjà j’avais pas envie de le faire. Mais je suis venu quand même pour qu’on dise pas que je suis lâche. Après j’ai voulu aller aux toilettes… et après j’en suis pas sorti jusqu’à ce qu’il soit trop tard… Et comme je savais pas quoi faire ni où aller, je suis sorti et je suis allé à la vie scolaire…

-Bon, t’as eu la trouille quoi.

-Mais non pas du tout ! J’ai pas la trouille. J’avais pas envie juste.

-Personne n’avait envie mais ils l’ont fait c’est pas une question d’envie et tu le sais très bien. Ton exposé n’était pas prêt et comme à chaque fois tu es persuadé d’être bête à manger du foin alors pour que personne ne te le dise en face, tu n’y vas pas. Comme ça on pourra pas dire que t’es bête ou nul ou incapable. On ne peut pas savoir et toi non plus. Tu le crois mais tu n’en as pas la preuve en somme. Sauf que tu fais erreur et je ne sais plus comment te le dire… Tu es loin d’être bête et quand tu accepteras de sauter dans le vide, tu verras que c’est moi qui ai raison et tu verras un nouveau champ des possibles. Alors dis-moi ce qui va se passer dans trois semaines.

-Chai pas… j’aurais toujours pas envie… je sais pas quoi faire.

-Demande pour voir.

-…

-Alors ?

-Vous pouvez m’aider ?

-Et ben voilà. Evidemment que je vais t’aider. On n’est pas à une heure près ensemble. On va s’en sortir et tu sais pourquoi ?

Parce qu’on n’a pas le choix. « 

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