Où c’est le temps des derniers bulletins

Ca y est, ils sont écrits et le conseil est passé. Chacun d’eux sait à peu près où il va atterrir l’année prochaine.

Il y a depuis lundi sur le visage de mes 3e quelque chose qui a changé.

Ils sont prêts à entamer le nouveau chapitre de leur vie, à sauter du nid.

Et ça m’a mis dans tous mes états ! Insomnies avant le conseil, angoisse de leur annoncer de mauvaises nouvelles, surcharge de papiers aux délais intenables, correction de dernières minutes, beaucoup d’appels aux familles. La quantité de travail abattue a été honnêtement du jamais vu pour moi.

Et pourtant, au moment de rédiger ces pieds de bulletins, j’ai eu le sentiment que le temps arrêtait sa course folle et que j’étais en train de leur écrire au revoir. J’y ai mis un peu plus de solennité, je les ai même vouvoyés. Quelque part le moment était grave et je ne pouvais décemment pas leur écrire « Merci pour cette année bouhouhou… » Je ne suis quand même pas Valérie Trierweiler !

Nous y voilà, ils vont partir.

La nouveauté c’est que cette année, ils partent et moi, je reste.

J’ai des racines qui ont poussé depuis deux ans dans ce collège où pratiquement tout ce qu’on fait est une lutte pour en emmener le maximum avec nous, pour leur offrir le pass pour l’ascenseur social, leur faire comprendre qu’ils sont Un dans un tout, qu’ils peuvent être ce qu’ils veulent tant qu’ils le décident.

Bientôt, ils vont courir droit sur leur sinueux chemin et le collège ne sera qu’un lointain souvenir.

Ils vont quitter leur quartier, rencontrer de nouvelles personnes, avoir le droit à la différence, laisser la dictature du groupe pour forger leur individualité, connaître les émois amoureux, la liberté du jeune adulte et ce sera comme une bouffée d’air frais.

Je revois mon premier jour au lycée, ce bahut qui me semblait immense, ces jeunes de tous les styles et de toutes les couleurs. Mon nouveau sac à dos, mon appareil dentaire fraîchement retiré, mes boucles finalement domptées.

Tout était possible et tout l’a été.

Dix-huit ans plus tard, le conseil du vieux routier de la vie, celui qui a passé les 100 000 et que plus rien ne surprend, se confirme:

dans la vie, qu’importe la destination, seul le voyage compte.

Crédit photo : Dennis Stock « Venice beach rock festival »

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