Faire famille

Le voyageur contemplant une mer de nuage – Friedrich

Un jour, une collègue en salle des profs s’est écriée:

-Mais ce n’est pas parce que je n’ai pas d’enfant que je ne peux pas comprendre ! C’est fou cette vision des choses !

Et de fait, il y a des enseignants sans enfant qui comprennent parfaitement les élèves et certains qui sont parents mais qui ne les comprendront jamais.

Dans notre métier en particulier, la relation avec la parentalité est complexe.

Cela a sans doute à voir avec la transmission et le partage; le nom même de notre ministère entretient une confusion.

Je ne sais pas si le fait de devenir mère a changé ma pratique. Je suis tombée enceinte lors de ma première année en tant que titulaire, j’ai donc été quasiment toujours une maman et une prof.

Mon désir d’enfant est aussi ancien que celui du métier. J’ai toujours su que je voulais l’un et l’autre. Je n’ai pas toujours su que je le serai.

Dans les deux cas, on peut parler de vocation. J’ai une passion pour mon métier et expérimenter la parentalité est une joie infinie. Le doute est partie intégrante de ma vie mais ces deux pôles sont au fondement de qui je suis.

Cela ne veut pas dire que toutes les trajectoires sont aussi linéaires.

La maternité ramène la femme, j’écris ce terme dans l’acception la plus large possible, à une forme d’essence. Cette essentialisation est problématique car elle fait à la fois peser la perpétuation de l’espèce sur elle tout en permettant d’asseoir une domination qui perdure aujourd’hui en divers endroits.

Alors évidemment de nombreuses questions émergent en réaction à cela: ai-je vraiment envie d’être mère? Pourquoi attend-on de moi que je le sois? serai-je à la hauteur ? Si je ne le suis jamais, vais-je le regretter ? Pourrais-je lui éviter les peines et les heurts que j’ai traversés ? Suis-je suffisamment solide ? Pourquoi ai-je si peur? Et si je me retrouve seule, que vais-je faire ? Privilégier mon bonheur et ma liberté, en restant sans enfant, fait-il de moi un être égoïste ? Ne suis-je pas simplement honnête ?

Le désir d’enfant peut être quelque chose de très puissant, au point qu’il absorbe tout sur son passage quand il n’est pas assouvi. Il peut ne jamais se réveiller. Et puis il peut aller et venir, comme le ressac des vagues; parfois avec violence puis disparaître à nouveau pour retrouver le calme.

Si l’on retire tous les filtres de la pression sociale, il ne reste que ce que l’on a au fond du ventre. Sa propre vérité.

Un prof qui vous a marqué parce qu’il vous a respecté dans votre individualité, parce qu’il a su apporter même momentanément un peu de ce qui manque ailleurs et puis qui vous a tout simplement aimé a pu ressembler, à quelque égard, à une figure parentale ou du moins, à sa transposition.

La biologie n’a rien à voir là dedans. La vie se produit en dehors de l’étude du vivant.

Il y a les enfants des autres qu’on aime comme les siens, les enfants qui passent dans nos vies et auxquels on a ouvert un grand cœur, les enfants esseulés que l’on a momentanément soutenus et tous les autres, qui, en vous offrant leur confiance vous font un cadeau merveilleux.

Tata, tatie, oncle, tante, tonton, beau-père et belle-mère, parrain, marraine, famille construite et floue, mono ou homo parentale, conventionnelle, traditionnelle ou alternative et anarchiste… Faire famille c’est tisser un lien qui parfois n’a rien à voir avec les liens du sang et qui parfois en a besoin.

L’amour inconditionnel n’existe au fond que dans ce paradigme: celui de l’adulte bouleversé par l’innocence et la gratuité de l’amour d’un enfant et qui, en échange, fera tout pour lui en dépit de ses propres besoins.

Chacun peut construire ce paradigme à sa manière: choisir de le composer des différentes facettes que l’amour peut offrir. L’infini de l’imagination est la seule limite.

C’est compliqué et parfois on a du mal à trouver une oreille prête à accueillir sa peine et ses doutes mais sache que la porte est ouverte si tu as besoin de parler.

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