Elvis

Je suis enfin allée voir Elvis de mon adoré Baz et j’avais tellement envie d’en parler avec toi.

Je m’attendais à en prendre plein les yeux et les oreilles et je n’ai pas été déçue.

Ses films sont époustouflants. Il n’y a rien à dire ; la photographie est impeccable, la mise en scène extrêmement dynamique, colorée et le travail de la chronologie marqué par les allers-retours entre le passé de la jeunesse, le présent de l’action et celui de la narration prise en charge par le Colonel, est très fluide.

Les arrangements musicaux sont très modernes (je cherche péniblement des adjectifs parce que ce matin je n’ai vraiment que des « waouh » et des « arf » qui me viennent à l’esprit). Elvis est présent mais pas omniprésent et surtout il n’est pas la seule voix à être entendue ce qui permet d’aborder sa culture musicale tout en montrant l’actualité de sa musique.

L’hyperbole est partout ou presque. Je ne suis pas encore allée voir les interviews qui ont été faites à Cannes au moment de la sortie ni les différentes critiques pour pouvoir rester dans mon propre ressenti. Je ne sais donc pas réellement si l’exagération qui teinte certaines scènes sert à montrer que la vie d’Elvis était substantiellement too much ou si c’est partie de la fantasmagorie du réalisateur.

Je ne vais pas me lancer dans une critique de cinéma technique que je serai bien incapable de mener. Mais tu vois, cette nuit, le film a continué de tourner dans ma tête… et je trouve qu’il conduit à pas mal de réflexions. Peut-être que les puristes n’y ont pas trouvé leur compte. Pour ma part, je savais que je ne rechercherai pas la vérité de son histoire que je connais mal par ailleurs, mais la vision d’un artiste sur un autre.

Elvis est entré en musique comme certains rentrent en religion, par le biais d’une épiphanie. Le film raconte cette espèce de transe qu’il a expérimentée en entendant des chants gospel. Il y a d’abord une séquence filmée par le trou de la serrure où jeune adolescent, il observe un couple noir dans une danse extrêmement sensuelle puis il entend les voix de la chorale s’élever par-dessus le rythme blues et va participer à la célébration. Sa vision de la musique est ainsi symbolisée: une expérience à la fois érotico-sensuelle et spirituelle. Et quand face au tollé, aux menaces, aux plaintes il s’écrie indigné « Mais enfin, ma mère approuve ce que je fais, alors quel est le problème ? », on sent peser tout le poids d’une époque qui l’empêche d’être ce qu’il est. Là encore, il demeure une référence actuelle.

Passionnante la relation de co-dépendance entre son impresario et lui : bon j’ai bien compris que c’était un salaud qui a clairement abusé de la poule aux œufs d’or mais… on ne peut pas dire qu’il n’a rien fait pour lui non plus. Elvis est complètement dans son art, dans ses représentations et il n’a pas de vision pour lui-même. Il n’a d’ailleurs pas de dimension politique alors qu’il a la légitimité et l’influence pour jouer un rôle. Il pleure la mort de Luther-King mais n’a rien fait pour les droits civiques. Il subit la censure et voit ses amis noirs subir la ségrégation mais ne semble pas remettre en cause le système en place que lorsque celui-ci l’empêche de performer. De son côté Colonel Parker tente de répondre à tous les désirs de grandeur d’Elvis : il invente les produits dérivés, l’artiste en résidence à Las Vegas, les représentations par satellite, lui réserve les scènes les plus prestigieuses, le laisse libre de la direction artistique. Alors bien entendu, l’argent appelle l’argent et tout ceci n’a que pour but de créer du profit. Cela étant, la représentation qui est faite de leur lien en montre la complexité. Elvis aurait pu s’émanciper du Colonel mais il lui a laissé les mains libres pour gérer ce qu’il était incapable de gérer, il aimait également l’argent et arrosait tous ses amis et sa famille qui ne se sont pas priés pour en abuser. Il payait très cher sa tranquillité d’esprit. Je ne crois pas que ce serait lui rendre justice que de le faire passer pour une simple victime.

Sa relation avec Priscilla est touchante et très belle. Là encore, je soupçonne Baz Luhrmann d’être un grand romantique et d’avoir sublimé leur lien. Je ne lui jette pas la pierre. Leur rupture m’a tirée quelques larmes. C’est drôle comme une personnalité peut influer sur un prénom. Je trouvais que c’était un prénom assez peu gracieux. Et puis, en la voyant le porter, on en vient à le trouver aussi joli qu’elle. Magie universelle du prénom qui fusionne avec celle qui le porte au point d’en être indissociable. Je suis allée regarder l’étymologie de ce prénom très américain. Elle est latine et désigne quelque chose d’immémorial et de vénérable. C’est celle qui a toujours été et qui sera toujours là. Et ça lui va bien. Leur lien malgré la distance a subsisté et leur amour a permis de ne pas l’abîmer malgré la vie.

Je pourrais en parler encore longuement mais j’avais besoin de sortir tout ça et de me réjouir encore de ce que l’art peut remuer et provoquer.

Mention spéciale pour ma chanson préférée d’Elvis qui parcourt tout le film en de multiples arrangements, Can’t help falling in love.

Et puis la fin… mon dieu cette fin.

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